Interprétation

Interprétation et traduction : mots, petites parenthèses et confidences

J’ai écrit beaux visages et sourires.
J’ai écrit belle sympathie et mains entrelacées.
J’ai écrit le nous qui se réveille dans le je.

Et tous ces mots-là, je les ai glissés sur du papier. J’y ai ajouté quelques couleurs, presque sans y penser. Je me suis amusée. J’ai souri. J’ai aimé. J’ai caressé.

En cabine, il y a celles et ceux qui dessinent, qui colorient, qui tricotent même parfois.

Moi, je fais partie de celles et ceux qui, à certains moments, gribouillent quelques mots. Des mots jetés là, sans intention particulière. Comme une parenthèse.

Alors aujourd’hui, je vous les dépose ici.

 

Parce que je pourrais vous parler de ce mois de janvier passé à finaliser un très grand projet de traduction–création–optimisation SEO, commencé il y a quatre ou cinq mois. Oui, je fais aussi ça. Depuis longtemps.
Je pourrais vous parler des heures passées, depuis décembre, à revoir mon site web. Parce qu’un site, finalement, c’est un peu comme une devanture : il faut parfois lui redonner de l’air, de la clarté, une nouvelle lumière.
Je pourrais aussi vous raconter cette soirée conviviale organisée par mon comptable, à laquelle j’ai assisté avec plaisir. Parce que lorsqu’on est cheffe d’entreprise, mieux vaut connaître la loi de finances et la facturation électronique, même quand on préfère les mots (tiens, tiens). La réalité, c’est que nous portons aussi la casquette de celle qui veille à ce que la machine continue de tourner.
Je pourrais encore évoquer les premières missions d’interprétation de l’année, à distance et en présentiel. Les traductions dans le secteur du tourisme qui arrivent doucement avec la saison à venir. Les rencontres, toujours différentes, parfois inattendues, que la diversité de ce métier permet.

Oui, je pourrais vous parler de tout cela. Et même de bien plus encore.

Mais il y a des moments où l’on ressent le besoin de dire autre chose. Ou peut-être de dire moins.

Dans ces temps où les doutes, l’imprévisibilité et une certaine lassitude semblent s’inviter dans toutes les conversations, il suffit parfois d’un léger pas de côté pour que quelque chose germe.

Un peu de confettis. Quelques paillettes.

Pas pour oublier.
Mais pour continuer autrement.
Avec les mots, toujours.
Et avec ce qui, silencieusement, leur donne du sens.

Interprétation

Douze ans d’activité professionnelle indépendante

Ce mois de janvier marque un anniversaire un peu particulier pour moi : douze ans de création de mon entreprise de services linguistiques.
[Avant ça, j’ai connu la vie à Bruxelles et 4 ans de salariat en tant que responsable éditorial web.]

Douze ans.
C’est à la fois peu et beaucoup.
Assez pour mesurer le chemin parcouru.
Assez pour savoir que rien n’est jamais vraiment acquis.

Quand j’y repense, cette aventure a été faite de défis, de doutes parfois, mais surtout de multiples apprentissages. Des traductions patientes et pertinentes, des interprétations intenses. Des mots à peser, à compter, à conter et à choisir avec soin. Et, toujours, des histoires à écouter avant de les faire passer d’une langue à l’autre.

Je dirai que créer son activité, c’est accepter de ne jamais suivre une ligne droite. C’est apprendre à avancer sans certitudes, à ajuster sans cesse, à faire confiance à son intuition autant qu’à son expertise. En douze ans, j’ai appris à être cheffe d’entreprise autant que traductrice et interprète. À conjuguer rigueur, curiosité et responsabilité. À comprendre que l’indépendance est une liberté très-très exigeante, mais profondément vivante.

Et pourtant, pas un seul jour je n’ai regretté ce choix.

Oser, avancer, ne rien lâcher. 

En ce début d’année, je choisis de garder le positif. Ce qui m’a permis de continuer, même lorsque le rythme était dense, même lorsque les doutes se faisaient plus présents.

Ces trois mots m’accompagnent depuis le début :
OSER – AVANCER – NE RIEN LÂCHER.

Oser créer, oser proposer, oser dire non parfois.
Avancer, même lentement, même à petits pas.
Ne rien lâcher, sans s’acharner, mais sans se trahir non plus.

Ces mots résonnent encore plus fort aujourd’hui, à un moment où l’on fait naturellement le point, où l’on regarde derrière soi pour mieux se projeter devant.

Vivre ailleurs pour mieux se retrouver

Pour illustrer ces vœux de santé et de bonheur, parce que sans eux, aucune vie professionnelle ne tient vraiment, j’aurais pu partager des images de la neige tombée ces derniers jours. Mais j’ai choisi autre chose.

J’ai choisi des images prises le 1er janvier à 8h15, lorsque je suis arrivée suele sur la plage de mon enfance. Le premier lever de soleil de l’année et la lumière encore timide. Le silence presque intact. Un moment pour respirer, me retrouver, me ressourcer.

Vivre à l’étranger, c’est aussi cela.
Une grande aventure, parfois inconfortable, souvent bouleversante

Cette année marque d’ailleurs un autre jalon important pour moi : vingt-cinq ans de vie à l’étranger.
Un quart de siècle à composer avec plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs manières d’habiter le monde.
Un chiffre rond, presque vertigineux, qui mérite sans doute un article à part entière… et que je prendrai le temps d’écrire prochainement.

Vivre ailleurs, c’est apprendre à reconstruire des repères. À faire de plusieurs lieux un seul chez-soi. Et à se retrouver au milieu. À porter des responsabilités aussi. À comprendre que l’enracinement ne se fait pas toujours dans un seul sol, mais dans ceux que l’on choisit, que vivre un pied ici et l’autre là-bas nécessite, tout comme le métier d’interprète, d’une gymnastique et souplesse mentale à toute épreuve.

Cette vie entre plusieurs pays nourrit profondément mon travail. Elle affine mon écoute, ma sensibilité, mon rapport aux mots et à leurs nuances. Elle me rappelle, sans cesse, pourquoi j’ai choisi les langues comme métier : pour relier, pour faire passer, pour faciliter la rencontre.

Continuer d’écrire la suite

Douze ans après, l’aventure continue.
Vingt-cinq après, je suis encore là.
Un livre qui continue de s’écrire. Avec de nouveaux chapitres et de nouvelles idées, de nouveaux projets et de nouvelles peurs. La vie, somme toute.

Je continue d’avancer, portée par l’expérience acquise, par les rencontres, par cette conviction intacte que les mots — bien choisis et bien transmis — ont encore beaucoup à offrir.

Et je sais déjà que la suite se construira comme le reste :
entre engagement professionnel et curiosité du monde… et ce fil discret qui relie toutes ces années passées ailleurs, sans jamais perdre de vue l’essentiel.

Interprétation

Traducteurs et interprètes : dire ou ne pas dire ?

On pense souvent que nos métiers consistent à traduire des mots, que ce soit à l’oral ou à l’écrit. Et bien sûr, c’est vrai, avec toutes les nuances que cela implique. À passer d’une langue à une autre, avec précision, nuance et justesse. Et, bien entendu, cela en fait partie. Mais cette vision, aussi exacte soit-elle, ne montre qu’une petite partie de ce que nous faisons réellement.

Car la dimension la plus déterminante de notre travail reste, paradoxalement, celle que l’on ne voit pas : le savoir-être.

Le savoir-être et la discrétion

Parce que derrière chaque commande d’interprétation, chaque page traduite, chaque prise de parole en cabine ou en consécutive, il y a une façon d’être, par rapport à soi-même et par rapport aux autres.

♦ Il y a la diplomatie, essentielle pour allier sensibilités, cultures, personnalités
♦ Il y a la discrétion, comme un fil invisible qui nous guide pour protéger les contenus et les échanges
♦ Il y a la gestion des émotions, les nôtres comme celles des personnes que nous accompagnons, surtout vrai en interprétation
♦ Et puis, il y a cette capacité à s’effacer juste ce qu’il faut : être là sans être au centre, permettre la rencontre sans jamais l’envahir

Car sans tout cela, même une traduction linguistiquement parfaite ne relie pas vraiment les gens. Elle transmet des mots, mais pas la relation.

Être traductrice ou interprète, c’est avant tout faciliter la rencontre entre deux visions du monde différentes, de manière fluide, respectueuse… et souvent profondément invisible.

Ce que l’on ne peut pas dire, même à l’ère de la visibilité permanente

C’est aussi pour cette raison que nous ne pouvons pas tout partager de nos métiers. Ni ici sur un blog, ni sur nos sites web, ni ailleurs sur les réseaux sociaux.

Une grande partie de ce que nous vivons appartient à d’autres…

Des histoires personnelles, des enjeux confidentiels, des projets sensibles, des moments d’émotion.
Notre métier repose précisément sur la confiance. Et cette confiance exige de la retenue.

Dans un monde dans lequel l’on nous encourage à tout montrer, tout documenter, tout exposer, cette exigence d’invisibilité crée parfois une tension.

La délicate transition entre discrétion et visibilité

Parce qu’il y a aussi une autre réalité qu’il faut prendre en compte :

celle d’être indépendante. Quand on a sa propre activité professionnelle, sa propre entreprise (quelle que soit la forme juridique), il faut développer l'activité, répondre aux obligations administratives (URSSAF, CIPAV ou équivalents), garder une visibilité suffisante pour que l’on pense à nous, entretenir un réseau, se présenter. Se raconter… un peu.

Tout cela en veillant à rester fidèle à la confidentialité inhérente à notre profession.

Et c’est pour toutes ces raisons que la question de l’équilibre se pose :

♦ Comment être visible sans trop en dire ?
♦ Comment être présente sans déroger à la discrétion ?
♦ Comment raconter son métier sans dévoiler ce qui n’est pas à nous ?

Je crois qu’un équilibre existe et qu’il peut être trouvé et que cela reste possible, mais avec beaucoup de nuances aussi. Et, peut-être, avec un peu de créativité aussi.

Et vous ? Comment percevez-vous, dans votre propre activité, cette recherche d’équilibre entre ce que vous montrez… et ce que vous gardez ?